vendredi, juin 08, 2018

Horlogerie: à l'heure des collectionneurs

DOSSIER - Le Figaro Magazine a choisi de s'intéresser à ces personnalités aussi singulières que discrètes qui accumulent les garde-temps comme d'autres les œuvres d'art contemporain.

Plus performantes qu'un Livret A ou qu'une assurance-vie, les montres anciennes peuvent rapporter gros. C'est ainsi qu'un financier parisien est devenu un excellent collectionneur.

Son grand-père fabriquait des compresseurs d'air. Et collectionnait les montres. Sur le même modèle, son petit-fils collecte aujourd'hui pléthore d'objets dont des garde-temps, exclusivement fabriqués entre 1920 et 1940.

Jolie jeune femme d'à peine 30 ans, cette antiquaire des puces de Saint-Ouen a attrapé le virus de l'horlogerie récemment.

Particulièrement dynamique, le marché des montres de collection voit certaines pièces s'envoler. Pourtant, les prix stratosphériques constituent l'arbre derrière lequel se cache une forêt de modèles abordables prompts à séduire les amateurs de belles mécaniques.

En attendant les grandes ventes horlogères de Genève et nul n'étant à l'abri d'un nouveau record, voici sept modèles qui n'ont pas manqué de marquer leur temps. Président de la maison de vente Antiquorum, expert à la cour d'appel de Paris et à Drouot, spécialiste des montres anciennes, Romain Réa a imaginé des suggestions de collections selon les moyens de chacun.

De Brokeback Mountain (2005) d'Ang Lee à Nocturnal Animals (2016) de Tom Ford, en passant par le dernier film d'Audiard, un western, qui sera sans doute sélectionné au Festival de Cannes, jusqu'à la comédie musicale de Broadway, Sunday in the Park With George, Jake Gyllenhaal est connu pour la diversité de ses rôles. Entretien sans faux-semblant. ond, avec vos meilleurs amis au volant d'une voiture atypique.

Jake GYLLENHAAL. - Parce que la marque m'a fait une proposition intelligente en me présentant un projet créatif et original. Elle ne s'est pas contentée d'arriver et de mettre un chèque sur la table. Et puis, comment aurais-je pu refuser d'être l'ambassadeur «courageux et sans peur» de la Santos? Quand on m'a raconté l'histoire de cette montre qui est à la fois esthétique, fonctionnelle et élégante, cela a fait sens avec mon travail.

Avez-vous le temps que je vous réponde? Parce que cela pourrait bien prendre deux ou trois jours… Disons que mon rapport au temps me paraît tumultueux, confus, trouble, mais il a toujours été d'un grand enseignement pour moi. Je ne suis pas le genre de personne qui court après les heures ou qui se plaint d'en manquer désespérément. J'ai un profond respect pour le temps qui me permet d'en passer sur terre et surtout qui, au fur et à mesure que je vieillis, me rend plus sage dans ma tête et dans mon corps. Grâce à lui, je suis de plus en plus fier de mes relations avec autrui. Toute votre famille travaille dans le cinéma. Est-ce la raison pour laquelle vous avez décidé d'être acteur?

D'une certaine manière, j'ai été déterminé par mon milieu, mais peut-être ai-je, de façon innée, toujours voulu être acteur. Ou encore, suis-je né dans cette famille de producteur et de scénariste pour le devenir? Je me pose tous le temps cette question: pourquoi suis-je un acteur? Donc je ne suis pas sûr d'avoir la réponse. Mais je suppose qu'on a tous une relation compliquée avec son travail…

J'aurais aimé être un danseur. Car j'ai vraiment peur de danser. Je danse, mais d'une façon particulière, l'expression de mon corps est poussée jusqu'à un certain point. Donc je me force à pratiquer les choses que je redoute. C'est, en un sens, thérapeutique. Il n'empêche, cela me rend vulnérable, de danser, peut-être encore plus parce que je suis un homme.

«Dans le Vieux Continent, il existe un profond respect pour les comédiens et les réalisateurs. À ­Hollywood, tout est monétisé et monnayable, nous sommes considérés comme des produits»

Dans le monde d'aujourd'hui où nul ne se soucie plus de quoi que ce soit ni d'autrui, c'est difficile de vous répondre. Je dirais que, culturellement, il y a une grande différence entre les États-Unis et l'Europe. Dans le Vieux Continent, il existe un profond respect pour les comédiens et les réalisateurs. À Hollywood, tout est monétisé et monnayable, nous sommes considérés comme des produits. Nous n'avons pas le droit de penser, nous devons exécuter ce que l'on nous demande. Ici, en société, je suis obligé de dire: «Je suis acteur, désolé!» En France, il y a une véritable connaissance de ce métier, on comprend le pouvoir du jeu, combien un rôle peut vous mettre en danger, dans le bon sens du terme, et quelle force, quelle liberté il peut vous procurer.

Je ne sais pas si c'est une temporalité qui est autre, mais elle correspond à celle de mon travail, lequel se trouve dans un espace-temps particulier: un plateau, avec la présence d'une caméra, d'un réalisateur et d'autres acteurs. Je ne suis pas comme certains comédiens qui peuvent faire abstraction de ces éléments en jouant tout seul. Je pense être conscient qu'il y a quelqu'un qui me regarde et me filme, car sinon je serais fou… mais je ne crois pas ressentir le besoin d'être «aimé» par la caméra. Ce qui m'intéresse, c'est de me sentir connecté aux autres êtres humains qui partagent la scène et d'éprouver ce sentiment de la façon la plus honnête et sincère possible. Il n'y a rien de plus excitant que cela! Je suis un acteur qui vit pour faire fonctionner son cerveau…

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T. D. ou comment investir dans les actifs horlogers

Plus performantes qu'un Livret A ou qu'une assurance-vie, les montres anciennes peuvent rapporter gros. C'est ainsi qu'un financier parisien est devenu un excellent collectionneur.

Un après-midi pluvieux, face à une terrasse s'ouvrant sur tous les grands monuments de Paris, T. D. tranche avec le profil d'autres collectionneurs que nous avions rencontrés dans le passé. Il est jeune, souriant, possède un compte Instagram (Watches2.8), accepte de se faire photographier et apparaît, dès les premiers mots, d'une franchise rafraîchissante. «Je porte et j'achète des montres depuis vingt ans, mais je suis devenu un collectionneur assidu il y a trois ans, quand je me suis fait arnaquer par un marchand. Je recherchais une Daytona 6263 de mon année de naissance, 1972. Un an après, il m'appelle en me disant:“J'ai trouvé ta montre, tu as une heure pour te décider.” J'arrive et me trouve face à un autre collectionneur qui me déclare: “Si vous ne la prenez pas, je l'achète, et si vous voulez la vendre plus tard, je vous la reprends 10 % plus cher.”» Les circonstances, la mise en scène, l'attente d'un an…

Notre homme s'offre donc sa 6263 millésimée. Trois ans après, il se rend chez un autre marchand, lui montre sa Daytona supposée de 1972 et découvre que les poussoirs, le cadran, le cristal ne datent pas du tout de cette année-là… Pire encore, à l'ouverture du boîtier, l'infâme insigne «XXX» apparaît, signifiant que Rolex ne peut plus réviser ce modèle car il a subi trop de changements de pièces… La déception s'avère terrible. «J'ai décidé de ne plus jamais me faire avoir, donc je me suis plongé dans la littérature horlogère. C'est parce que je suis banquier que j'ai décidé de collectionner les montres. L'assurance-vie ne rapporte rien, j'étais passé à côté des voitures. Les garde-temps représentent un actif physique sous-coté. J'ai appliqué les méthodes de la finance à la construction de ma collection.» Il se pose deux questions: quelles sont les marques intéressantes? Comment les traiter? «Dans l'automobile, il y a Porsche et Ferrari. Dans l'horlogerie de collection, il y a Rolex et Patek Philippe. Cela ne veut pas dire que l'on ne trouve pas une Jaguar ou une Audemars Piguet intéressante… Rolex, c'est la marque des “cool kids”, Patek Philippe, celle des connaisseurs avec les mouvements les plus nobles.»

T. D. n'est pas venu les mains vides, il a apporté une dizaine de spécimens emblématiques de sa collection de différentes années et qui peuvent être très, très rares, d'une grande valeur et/ou dans un état exceptionnel. Huit Rolex, deux Patek Philippe, une Audemars Piguet…

Notre financier, didactique, dévoile ses «actifs» par année afin que nous comprenions mieux la cohérence de son trésor. Il se met à étaler les références de ses tocantes dans un sabir merveilleux. Voici la «Solo» Rolex 1956 Jean-Claude Killy Dato-Compax. Ce chronographe d'un diamètre de 36 millimètres, qui donne le jour, le mois et la seconde, a été conçu pour le skieur français. «Non seulement son mouvement est compliqué, ce qui n'est pas courant chez Rolex, mais ce modèle est possiblement unique. Je l'ai payé 200 000 euros et il en vaut désormais 350 000. Aujourd'hui, c'est sans doute la pièce la plus chère de ma collection.» A ses côtés, une 5508 «petite James Bond» Small Crown de 1962 ; une Submariner 5512 de 1963 ; une Pré-Daytona 6238 de 1965 ; deux jolis numéros datant de 1971 ; un chronographe à l'authentique cadran Tropical, etc. Monsieur D. connaît ses sujets sur le bout des doigts.

Ainsi, ce minuscule point d'exclamation situé à 6 heures signifie que les index de cette Rolex de 1962 contiennent un taux de radium moins élevé afin de respecter la nouvelle réglementation de l'époque. En 1963, le radium étant totalement banni des montres, la marque à la couronne, au lieu de jeter les cadrans initialement prévus pour les index en radium, les recycle en leur adjoignant des chiffres en tritium… et le mentionne avec un trait horizontal sous le nom de la montre. Autre exemple de ces diableries qui se nichent dans d'infimes détails de la production du numéro 1 mondial de la montre de luxe: le cadran Panda, en référence aux couleurs de la bête - yeux, compteurs noirs dans un visage, fond blanc. Ou encore le Tropical. Sous l'effet conjugué de l'obscurité et de l'humidité, un chronographe au fond noir, peint avec une peinture organique, a viré au marron. «Les Italiens ont très vite compris comment transformer un cadran lambda en Tropical, mais on peut détecter le vernis au microscope», explique T. D.

D'ailleurs, pour sélectionner ses sujets, il s'est fabriqué un tableau Excel de la taille d'une carte de crédit. Y sont mentionnées les informations (références, nombre de pièces produites, années de production, etc.) sur toutes les Rolex qu'il recherche. «Contrairement à Patek Philippe, qui possède un musée et rachète ses pièces anciennes, l'inventeur de l'Oyster ne s'est jamais intéressé à ses modèles vintage. En tant que collectionneur, c'est très excitant de traquer une pièce dans cet univers où, à l'instar de la finance au milieu des années 1990, tout est possible. Dans ma sélection, je privilégie la qualité de la montre plutôt que sa provenance et, bien évidemment, je n'achète que des pièces qui me plaisent et que j'aime porter.» Bien que T. D. ne veuille pas donner le nombre de garde-temps qu'il possède, il en livre la valeur. Sa collection vaut entre 1 million et 1,5 million d'euros.

«Pour faire évoluer cet ensemble, j'ai dû faire mon deuil d'en garder certaines. Ainsi, l'an dernier, j'ai vendu une 6263 de la première génération Panda parce que je me suis rendu compte qu'elle n'était pas parfaite, son numéro de série était 2,6 alors que celui de la génération numéro 1 va de 2,08 à 2,19.» Coût de cette vente: 400 000 euros. De quoi peut-être financer son prochain achat: un chronographe 6262 Paul Newman Panda. Mais sans doute pas la Rolex de ses rêves: une mystérieuse Daytona en or. De ce type, il n'y en aurait que trois dans le monde. L'une d'entre elles a été adjugée par Phillips à Genève, à 3,7 millions de francs suisses. «Le ratio portabilité-plaisir d'une montre de collection est imbattable. Vous pouvez partir aux Maldives avec un garde-temps à 4 millions d'euros et personne ne s'en doutera une seconde.» Jouissif.

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La Santos, miroir de son temps

Cartier a dévoilé, jeudi dernier aux États-Unis, le nouveau visage de son icônecréée en 1904 et dont près de 2 millions d'exemplaires ont été vendus en quarante ans.

En 1978, pour célébrer le lancement de la Santos galbée, le joaillier organise plusieurs fêtes spectaculaires. La première a lieu au Bourget où les invités débarquent directement sur le tarmac des Mystère 10 et 20 affrétés aux quatre coins d'Europe par Dassault*… À New York se déroule la deuxième, une mémorable Santos Night, qui attire les plus célèbres papillons de nuit de l'époque, dont Andy Warhol et Truman Capote.

Autre temps, autres mœurs: en 2018, la marque phare du groupe Richemont a convié, la semaine dernière, ses invités à San Francisco pour qu'ils assistent à un Social Lab où, pendant trois jours, des personnalités issues du monde de la culture, du sport, des arts conversaient sur «les valeurs et la philosophie de Santos»… En référence «à l'audace et au courage» de ...

Avec son modèle connecté, la société de Tim Cook aurait dépassé les leaders suisses du marché de l'horlogerie. Info ou intox ?

C'était l'une des annonces les plus inattendues de la Keynote d'Apple, en septembre dernier. Devant un parterre médusé, Tim Cook commence par rappeler que l'Apple Watch est devenue, l'an dernier, la deuxième montre la plus vendue, avant de lancer: «Elle est aujourd'hui numéro un dans le monde.» Sur l'écran géant, le nom de la montre d'Apple se place alors au sommet d'une liste contenant Rolex, Fossil, Omega, Cartier, Citizen et d'autres. Un fabricant d'ordinateurs et d'appareils électroniques a-t-il réellement éclipsé, en seulement deux ans et avec un produit technique, des marques mythiques et légitimes depuis des générations?

Comme Apple ne communique pas ses chiffres de vente, il faudra s'en remettre aux études des cabinets spécialisés. Selon deux d'entre eux, IDC et Canalys, Apple aurait distribué en 2016 entre 10 et 12 millions de ses montres. Et en 2017? Tim Cook a souligné que les ventes ont encore progressé, cette année, de l'ordre de 50 %. Ce qui nous amène autour de 15 millions d'Apple Watch vendues. En fixant un prix moyen de 330 dollars, l'Apple Watch rapporterait donc 4,9 milliards de dollars à Apple, soit juste un peu plus que le leader suisse de l'horlogerie.

Certes, la marque à la pomme a profité des difficultés de l'industrie horlogère de luxe, dont les revenus ont chuté de 14 % en 2016, selon une étude de Parks Associates. Surfant également sur une profonde mutation du marché (qu'elle a largement contribué à initier), la société a aussi réussi à se tailler une belle part de gâteau dans le secteur de la montre connectée. «Apple domine nettement ce marché avec 57 % des ventes, et ses résultats progressent dans toutes les parties du monde», observe Mariia Konovalova, analyste du cabinet Futuresource Consulting. En France, plus d'une montre connectée sur deux vendue est une Apple Watch. En s'adressant en priorité aux jeunes, aux actifs et à tous ceux qui ne portent pas forcément de garde-temps, Apple a trouvé un créneau porteur. Pourtant, Tim Cook exploite le même schéma qu'avec l'iPhone: chaque année sort un nouveau modèle avec des innovations qui incitent les clients à renouveler leurs acquisitions. Dernière en date, l'Apple Watch Series 3 lancée en septembre dernier se caractérise par l'intégration d'une carte SIM. L'intérêt? Elle peut ainsi communiquer en utilisant les réseaux cellulaires sans passer par un iPhone. L'utilisateur reçoit directement les appels téléphoniques et les SMS, les cartes GPS s'affichent sans intermédiaire, avec un abonnement Orange (ou Sosh). Vendue 449 euros, la nouvelle Apple Watch est aussi proposée en version premium avec boîtier en céramique à 1399 euros.

Apple ne dédaigne pas les incursions dans le luxe. La marque a renouvelé son partenariat avec Hermès, ajoutant des modèles cosignés ainsi qu'une collection de bracelets haut de gamme (Simple Tour Rallye en vachette Gala ajourée, Simple Tour Éperon d'Or) et de cadrans personnalisés. Autre collaboration, celle avec Nike permet à Apple de viser plutôt les sportifs. Deux modèles de la Series 3 viennent enrichir un catalogue composé de montres spécialisées avec bracelets colorés, applications d'entraînement et exercices personnalisés. Autant de moyens de décliner un produit standardisé qui participent à la stratégie payante de la marque.

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Laurent Vronski gentleman collectionneur

Son grand-père fabriquait des compresseurs d'air. Et collectionnait les montres. Sur le même modèle, son petit-fils collecte aujourd'hui pléthore d'objets dont des garde-temps, exclusivement fabriqués entre 1920 et 1940.

Laurent Vronski est grand, élégant, vêtu d'un costume bleu marine à fines rayures tennis. Il porte une chemise blanche dont les poignets mousquetaires sont fermés par des boutons de manchette Art déco. Dans ses poches, il a enfoui un étui à cigarettes en argent serti de saphirs bleus ayant appartenu dans les années 1920 à une certaine Mildred. On note également un briquet de la même époque ainsi qu'un stylo qui semble avoir un corps d'écaille ou, peut-être, de bakélite. La serviette en cuir paraît dater des années 1940. Si ce n'était l'affreuse parka noire qu'il enlève en descendant de son scooter, Vronski n'arbore aucun attribut des hommes de son temps.

«A part une machine à laver, un four à micro-ondes, un téléphone et un ordinateur qui font partie des contingences contemporaines, je ne possède rien du XXIe siècle. Ce qui m'intéresse, ce que je recherche, c'est la beauté des objets», annonce-t-il en préambule. Le ton est donné. Il a apporté deux montres spectaculaires issues d'une collection dont - bienvenue dans le monde merveilleux des collectionneurs - il ne veut, a priori, pas parler… «Je ne tiens pas à vous donner le nombre de montres que je possède ni leur valeur car cette dernière m'importe peu. J'ai des modèles qui ne valent rien auxquels je demeure très attaché et d'autres plus dispendieux que j'aime moins. J'échange souvent mes montres avec d'autres collectionneurs quand j'ai épuisé le plaisir de les porter, au bout de cinq, six ans en général.»

A l'origine de cet attrait pour les garde-temps, une ascendance créative. Son arrière-grand-père avait inventé la serviette éponge tandis que son grand-père fabriquait des compresseurs d'air et collectionnait les tocantes. «Il en portait deux. Une à chaque poignet. S'il avait eu trois bras, il en aurait porté trois. Ma collection relève du parcours initiatique, j'ai beaucoup appris de lui. Il m'a transmis son amour de la mécanique mais, comme je ne pouvais pas mettre une moto dans ma poche, je me suis intéressé à l'horlogerie… Mais les vertus de mon éducation m'ont appris que le plus important était de se créer sa propre marque, sa propre empreinte et que la plus intéressante était soi-même.»

Après une première Texas Instruments à quartz, reçue à 13 ans, qui lui donne le sentiment «d'avoir décroché les joyaux de la Couronne», Vronski s'achète à 19 ans un garde-temps militaire et mécanique. Une Hamilton des années 1960 dont l'armée américaine équipait les soldats qui partaient au Vietnam. «Cela ne valait rien, on les achetait quasiment au poids afin d'en avoir au moins une bonne dans le lot. Le fait que ces pièces aient une histoire, portée par les conflits, m'a toujours transporté.» En témoigne l'un des deux modèles qu'il nous sort de sa serviette. Voici un ovni, entre la montre de poche et la montre-bracelet, un chronographe monopoussoir dont la trotteuse égrène les minutes. Le mouvement est signé Valjoux mais aucun sigle n'apparaît sur le cadran. «C'est sans doute une montre allemande d'avant la Première Guerre mondiale. Le chronographe à 60 secondes servait à mesurer la vitesse de l'impact de la bombe. Ce modèle, qui est ma dernière acquisition, est une boîte à fantasmes. Imaginez le pilote à 10 000 pieds. Qui était-il?»

L'autre pièce de valeur est une Rolex Prince à heures sautantes. Son boîtier rectangulaire galbé est de toute beauté. «Regardez, la marque est inscrite en tout petit et ne nuit en rien à l'équilibre du cadran. Sa taille est parfaite, contrairement à celle de la plupart des pièces contemporaines, qui ressemblent à des réveille-matin. Cette Prince dit tout de l'équilibre esthétique caractéristique de cette période entre les deux guerres.» Il déclare en posséder plusieurs et enrage au sujet des prix pratiqués. «La mondialisation, internet, les accumulateurs qui veulent faire du profit en se substituant aux marchands ont plombé le marché.» Quid de ses autres modèles? Des Universal Genève, des Jaeger-LeCoultre des années 1930, carrées et étanches, une Movado ovoïde qui semble sortie d'un tableau de Dalí et dont le mouvement est monté sur trois plans, un antédiluvien chronographe Avional acheté 350 francs en 1988… «Quels que soient les objets que l'on collectionne, cette quête revient à gravir une montagne: une fois que l'on est arrivé au sommet, on s'arrête. Comme je n'ai pas de descendance, je transmettrai mes montres à un initié.» Sans doute pas demain.

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T. D. ou comment investir dans les actifs horlogers

Plus performantes qu'un Livret A ou qu'une assurance-vie, les montres anciennes peuvent rapporter gros. C'est ainsi qu'un financier parisien est devenu un excellent collectionneur.

Un après-midi pluvieux, face à une terrasse s'ouvrant sur tous les grands monuments de Paris, T. D. tranche avec le profil d'autres collectionneurs que nous avions rencontrés dans le passé. Il est jeune, souriant, possède un compte Instagram (Watches2.8), accepte de se faire photographier et apparaît, dès les premiers mots, d'une franchise rafraîchissante. «Je porte et j'achète des montres depuis vingt ans, mais je suis devenu un collectionneur assidu il y a trois ans, quand je me suis fait arnaquer par un marchand. Je recherchais une Daytona 6263 de mon année de naissance, 1972. Un an après, il m'appelle en me disant:“J'ai trouvé ta montre, tu as une heure pour te décider.” J'arrive et me trouve face à un autre collectionneur qui me déclare: “Si vous ne la prenez pas, je l'achète, et si vous voulez la vendre plus tard, je vous la reprends 10 % plus cher.”» Les circonstances, la mise en scène, l'attente d'un an…

Notre homme s'offre donc sa 6263 millésimée. Trois ans après, il se rend chez un autre marchand, lui montre sa Daytona supposée de 1972 et découvre que les poussoirs, le cadran, le cristal ne datent pas du tout de cette année-là… Pire encore, à l'ouverture du boîtier, l'infâme insigne «XXX» apparaît, signifiant que Rolex ne peut plus réviser ce modèle car il a subi trop de changements de pièces… La déception s'avère terrible. «J'ai décidé de ne plus jamais me faire avoir, donc je me suis plongé dans la littérature horlogère. C'est parce que je suis banquier que j'ai décidé de collectionner les montres. L'assurance-vie ne rapporte rien, j'étais passé à côté des voitures. Les garde-temps représentent un actif physique sous-coté. J'ai appliqué les méthodes de la finance à la construction de ma collection.» Il se pose deux questions: quelles sont les marques intéressantes? Comment les traiter? «Dans l'automobile, il y a Porsche et Ferrari. Dans l'horlogerie de collection, il y a Rolex et Patek Philippe. Cela ne veut pas dire que l'on ne trouve pas une Jaguar ou une Audemars Piguet intéressante… Rolex, c'est la marque des “cool kids”, Patek Philippe, celle des connaisseurs avec les mouvements les plus nobles.»

T. D. n'est pas venu les mains vides, il a apporté une dizaine de spécimens emblématiques de sa collection de différentes années et qui peuvent être très, très rares, d'une grande valeur et/ou dans un état exceptionnel. Huit Rolex, deux Patek Philippe, une Audemars Piguet…

Notre financier, didactique, dévoile ses «actifs» par année afin que nous comprenions mieux la cohérence de son trésor. Il se met à étaler les références de ses tocantes dans un sabir merveilleux. Voici la «Solo» Rolex 1956 Jean-Claude Killy Dato-Compax. Ce chronographe d'un diamètre de 36 millimètres, qui donne le jour, le mois et la seconde, a été conçu pour le skieur français. «Non seulement son mouvement est compliqué, ce qui n'est pas courant chez Rolex, mais ce modèle est possiblement unique. Je l'ai payé 200 000 euros et il en vaut désormais 350 000. Aujourd'hui, c'est sans doute la pièce la plus chère de ma collection.» A ses côtés, une 5508 «petite James Bond» Small Crown de 1962 ; une Submariner 5512 de 1963 ; une Pré-Daytona 6238 de 1965 ; deux jolis numéros datant de 1971 ; un chronographe à l'authentique cadran Tropical, etc. Monsieur D. connaît ses sujets sur le bout des doigts.

Ainsi, ce minuscule point d'exclamation situé à 6 heures signifie que les index de cette Rolex de 1962 contiennent un taux de radium moins élevé afin de respecter la nouvelle réglementation de l'époque. En 1963, le radium étant totalement banni des montres, la marque à la couronne, au lieu de jeter les cadrans initialement prévus pour les index en radium, les recycle en leur adjoignant des chiffres en tritium… et le mentionne avec un trait horizontal sous le nom de la montre. Autre exemple de ces diableries qui se nichent dans d'infimes détails de la production du numéro 1 mondial de la montre de luxe: le cadran Panda, en référence aux couleurs de la bête - yeux, compteurs noirs dans un visage, fond blanc. Ou encore le Tropical. Sous l'effet conjugué de l'obscurité et de l'humidité, un chronographe au fond noir, peint avec une peinture organique, a viré au marron. «Les Italiens ont très vite compris comment transformer un cadran lambda en Tropical, mais on peut détecter le vernis au microscope», explique T. D.

D'ailleurs, pour sélectionner ses sujets, il s'est fabriqué un tableau Excel de la taille d'une carte de crédit. Y sont mentionnées les informations (références, nombre de pièces produites, années de production, etc.) sur toutes les Rolex qu'il recherche. «Contrairement à Patek Philippe, qui possède un musée et rachète ses pièces anciennes, l'inventeur de l'Oyster ne s'est jamais intéressé à ses modèles vintage. En tant que collectionneur, c'est très excitant de traquer une pièce dans cet univers où, à l'instar de la finance au milieu des années 1990, tout est possible. Dans ma sélection, je privilégie la qualité de la montre plutôt que sa provenance et, bien évidemment, je n'achète que des pièces qui me plaisent et que j'aime porter.» Bien que T. D. ne veuille pas donner le nombre de garde-temps qu'il possède, il en livre la valeur. Sa collection vaut entre 1 million et 1,5 million d'euros. «Pour faire évoluer cet ensemble, j'ai dû faire mon deuil d'en garder certaines. Ainsi, l'an dernier, j'ai vendu une 6263 de la première génération Panda parce que je me suis rendu compte qu'elle n'était pas parfaite, son numéro de série était 2,6 alors que celui de la génération numéro 1 va de 2,08 à 2,19.» Coût de cette vente: 400 000 euros. De quoi peut-être financer son prochain achat: un chronographe 6262 Paul Newman Panda. Mais sans doute pas la Rolex de ses rêves: une mystérieuse Daytona en or. De ce type, il n'y en aurait que trois dans le monde. L'une d'entre elles a été adjugée par Phillips à Genève, à 3,7 millions de francs suisses. «Le ratio portabilité-plaisir d'une montre de collection est imbattable. Vous pouvez partir aux Maldives avec un garde-temps à 4 millions d'euros et personne ne s'en doutera une seconde.» Jouissif.

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Jean-Marc Wiederrecht, au sommet de son art

Maintes fois primé, ce créateur de mouvements et jeune retraité n'a jamais été aussi occupé. Alors qu'il présente l'AgenGraphe, son dernier bébé, il regrette la verticalisation du secteur, qui met à mal les sous-traitants.

Officiellement, il est à la retraite. Chez Agenhor, la société qu'il a fondée à Genève avec son épouse Catherine, il n'y est d'ailleurs pour personne. Le visiteur étourdi est redirigé vers l'un de ses fils, Laurent ou Nicolas, qui ont repris l'entreprise familiale. Mais pour qui a la chance de le rencontrer, Jean-Marc Wiederrecht est loin de l'oisiveté. Au contraire: lauréat en octobre dernier du prix Gaïa 2017 - le «Nobel» de l'horlogerie - dans la catégorie «artisanat, création», le créateur de mouvements défendait cette semaine pas moins de quatre montres sélectionnées pour le grand prix d'horlogerie de Genève* (GPHG), faites pour le compte d'Hermès, de Parmigiani Fleurier, de Fabergé et de Singer Reimagined. Deux de ces modèles - Fabergé Visionnaire Chronograph Ceramic et Singer Track 1 - sont équipés de l'œuvre de sa vie, le mouvement chronographe central AgenGraphe. De plus, et pour la première fois, il participe à titre personnel à la vente caritative Only Watch avec une horloge de table, elle aussi dotée de ce calibre hors du commun.

Jean-Marc Wiederrecht n'est pas n'importe qui. Précurseur d'un véritable courant, d'une nouvelle école de pensée horlogère, il est à l'origine des complications poétiques lancées par Van Cleef & Arpels. Née de l'envie de convertir les femmes à l'horlogerie mécanique avec une proposition adaptée, cette nouvelle esthétique a pris forme pour la première fois en 2005 avec la Lady Arpels Centenaire: un cadran rotatif réalise un tour complet en une année, faisant lentement défiler les saisons. «Cela a été un tournant décisif dans ma carrière, raconte-t-il. Pour une fois, on ne partait pas de la fonction comme sur une montre masculine, mais d'une expression artistique. Il s'agissait d'aller des mots à la mécanique. Une manière totalement nouvelle d'inventer un produit!»

Survient alors un déclic chez l'horloger, qu'il décrit lui-même comme une «désinhibition». Il crée alors successivement la Lady Arpels Féerie en 2007 (deux affichages rétrogrades pointés par la baguette et l'aile d'une fée), la Poetic Wish en 2012 (une figurine et un cerf-volant se déplacent à la demande pour afficher l'heure) ou encore le célèbre Pont des Amoureux en 2010 (un homme et une femme gravissent un pont au rythme des heures et des minutes, pour se retrouver deux fois par jour au sommet, avant de revenir à leur point de départ). Citons également, dans un autre genre et pour les hommes, l'Heure d'Ici & Heure d'Ailleurs en 2014. Fort de ces créations, il est sollicité par d'autres maisons dans le même registre, comme Hermès - pour qui il fera notamment l'Arceau Temps Suspendu - ou Fabergé - à qui il propose la Peacock. Aujourd'hui, de nombreuses marques promeuvent les complications féminines comme une horlogerie d'un nouveau genre.

Jean-Marc Wiederrecht a commencé à forger son destin il y a longtemps. Né à Genève en 1950, diplômé d'horlogerie en 1972, il s'installe presque immédiatement à son compte. Doué, passionné, il va être de ceux, avec entre autres Vianney Halter, Antoine Preziuso et Vincent Calabrese, qui vont réinventer l'horlogerie mécanique dans les années 1980. Ses affichages rétrogrades font alors sensation, notamment sur le quantième perpétuel bi-rétrograde qu'il développe pour Harry Winston, en 1989. Ce succès scelle le début d'une collaboration fructueuse avec la marque américaine, pour qui il fera l'Opus 9 bien des années plus tard.

En 1996, il fonde Agenhor, compression d'«atelier genevois d'horlogerie». Les plus grandes marques (dont Chopard et Chaumet) font alors appel à lui pour ses compétences dans l'extraplat et les calendriers perpétuels. Il se spécialise dans les modules additionnels, des planches mécaniques extrêmement fines qui viennent se greffer sur un mouvement de base, y ajoutant des complications horlogères. Chaque commande est unique, chaque mouvement sur mesure. Il n'y a pas, chez Agenhor, de composant qui ne sorte décoré, une philosophie fidèle à l'esprit des cabinotiers. Ces artisans genevois du XVIIIe siècle, ayant tous une spécialité et œuvrant les uns avec les autres, continuent d'inspirer le travail en réseau des indépendants de l'horlogerie moderne. Jean-Marc Wiederrecht n'a de cesse de la défendre, cette organisation. «Ce sont ces PME de trois, cinq ou dix personnes, aux savoir-faire très pointus, qui font l'excellence du secteur», soutient-il. Un tissu particulier qui souffre cependant, mis à mal par la vague de verticalisation que connaît l'horlogerie depuis la fin des années 2000. «La manufacture est en train de tuer l'horlogerie. Le concept du tout in-house peut se défendre dans certains cas. J'ai, par exemple, une grande fascination pour les gros moyens déployés par des marques comme Tissot ou Longines. Mais je dénonce, en revanche, ceux qui utilisent ces mêmes moyens pour faire une montre à 50.000 euros!»

Étonnamment, la solution pourrait venir de l'industrie 4.0 (une notion qui divise beaucoup), pense l'horloger: «L'interaction entre les entreprises qu'elle promet créera les conditions favorables à un ré-éclatement de l'industrie horlogère.» En attendant cette perspective qu'il appelle de ses vœux, Jean-Marc Wiederrecht se lève et disparaît dans les couloirs d'Agenhor. Il n'y est à nouveau plus. Pour personne.

* Le palmarès du GPHG 2017 a été dévoilé mercredi: Jean-Marc Wiederrecht a remporté le prix de la Montre à fuseaux horaires avec la Toric Hemisphères Rétrograde de Parmigiani Fleurier.

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Les SmartWatch ou montres connectées

Ça reste quand même un sujet passionnant car nous voyons l’avènement d’une nouvelle catégorie de montres qui vont toucher un large public. C’est clair qu’actuellement nous en somme aux balbutiements de ces nouveaux objets connectés et que le succès n’est pas encore au rendez-vous.

D’après une étude de Canalis il y a quand même eu 4,6 millions de smartwatch vendues dans le monde et sur cette part environ 720'000 sont sous android wear, les autres sont sous logiciel propriétaire, un démarrage en douceur donc pour Android et Apple n'est pas encore arrivé.

Les attentes sont maintenant dirigées vers Apple et son Apple Watch. Est-ce qu’elle va faire décoller le marché des montres connectées ? Steve Wozniak , le co-fondateur de la firme de Cupertino n’en doute pas. Durant une brève interview pour la BBC il l’a dit haut et fort « « l’Apple Watch se vendra par millions ».

La Suisse attend avec impatience également la future SmartWatch de Swatch, la future concurrente de l'Apple Watch intégrera notamment des fonctions de paiement mobile, de communication et des applications qui fonctionneront sous Windows et Android. Le prix devrait rester dans les standards de la Swatch.

Nick Hayek, CEO du Swatch Group précise encore que la SmartWatch de Swatch «n'aura pas besoin d'être rechargée». A quoi pouvons-nous nous attendre alors que les modèles actuels tiennent difficilement deux jours en utilisation ? Une pile ? Si c’est le cas, un très gros travail sur la consommation aura été effectué par la société Biennoise et peut-être que ce sera la gagnante de cette guerre de celui qui proposera une belle montre avec un design réussi, une autonomie importante et qu’elle soit dotée des capteurs importants pour les applications de santé et de bien-être (pouls, gps…..)

lg montre urbaineLe côté fun devrait plaire aux jeunes (et moins jeunes) par la possibilité de customisation du cadran virtuel en en téléchargeant de nouveaux mais attention, les marques traditionnelles sont à l’affut pour la protection de leur propriété intellectuelle.

Et bien sûr, le nerf de la guerre, le prix. Une montre trop chère fera fuir les jeunes, et n’oublions pas que ces montres auront une durée de vie limitée de par leurs composants électronique ou encore plus simplement par leur logiciel, on connait déjà la musique avec notre smartphone.

Les marques de luxe devront se poser la question très importante de rentrer ou pas sur ce marché risqué en terme d’image de marque. Est-ce que cela vaut-il la peine de risquer sa légitimité horlogère mécanique acquise pour certaine depuis plusieurs centaines d’année pour suivre ce nouveau marché ?

Les montres créées en acier et laiton ont été, sont et seront toujours là, et réparable, ce qui n’est pas le cas de ces nouveaux objets de poignet.

Ma future gagnante, qui n'existe pas encore, une boîte en acier étanche 3atm, sous android wear (oui je préfère Android ;-) ), capteur de pouls, GPS/altimètre/giroscope, fonction à la couronne et autonomie de 7 jours minimum.

La SmartWatch sera peut-être le tremplin qu’il fallait aux jeunes pour passer par la suite à une horlogerie plus traditionnelle ou sinon, on a deux poignets.

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Le quartz selon Longines

Lors des Longines Masters, qui ont clôturé la saison européenne d'équitation, la marque du Swatch Group a lancé en France sa Conquest V.H.P. nouvelle génération.

Longines Masters, Prix de Diane Longines, Jumping international de Monte-Carlo pour les sports équestres, mais aussi championnats et Coupes du monde de ski alpin, tournois de Roland-Garros pour le tennis… Longines contrôle aujourd'hui le temps de nombreuses compétitions. Tout au long de son histoire, la marque suisse créée à Saint-Imier en 1832 s'est montrée particulièrement novatrice en matière de chronométrage sportif. Elle révélait dès la fin du XIXe siècle son premier instrument permettant une mesure au 1/5 deseconde.

La première Conquest V.H.P. (Very High Precision), lancée en 1984. Ci-dessous: sa dernière réédition en version simple trois aiguilles (880 €) .

Elle est alors tellementprécurseur dans ce domaine que la Fédération aéronautique internationale lui demande en 1927 de chronométrer le vol transatlantique en solitaire de Charles Lindbergh, développant ensuite pour le célèbre aviateur la montre Angle Horaire donnant simultanément l'heure et l'angle horaire en degrés et en minutes (elle est rééditée cette année pour célébrer les 90 ans de cet exploit).

Quelques années plus tard, au milieu des années 1950, l'horloger imagine la première horloge à quartz qui équipera le mythique Chronocinégines utilisé notamment lors des Jeux olympiques d'hiver de Squaw Valley (Californie) en 1960. Soit une caméra 16 mm couplée à une horloge à quartz capable de fournir aux juges une bande filmée comprenant une série de clichés au 1/100 de seconde pour suivre le mouvement des athlètes au moment précis où ils passent la ligne d'arrivée

Tous ces chronométrages sportifs permettent alors à la marque de développer en parallèle des montres électroniques ultraprécises. Ainsi, à la fin des années 1960, Longines participe avec une vingtaine d'horlogers au développement du premier mouvement à quartz suisse, le Bêta 21, pour contrer l'offensive des Japonais.

Et, en 1969, c'est la Longines Ultra-Quartz, première montre-bracelet à pile prévue pour être produite en série, qui voit le jour. Suivra, en 1984, le calibre équipant la Conquest V.H.P. (Very High Precision), qui atteint alors un record de précision. Trente ans plus tard, afin de rendre le quartz plus attractif, la griffe dévoile en France sa dernière Conquest V.H.P.: un mouvement nouvelle génération, précis à plus ou moins 5 secondes et développé exclusivement par ETA, manufacture suisse de mouvements appartenant au Swatch Group, comme Longines. Retenons également son système DPR (Détection Position Rouages) afin de réinitialiser les aiguilles après un choc ou une exposition à un champ magnétique et la longue autonomie de sa pile (5 ans).Auréolé d'une allure sportive, ce garde-temps en acier avec cadran bleu, carbone, argenté ou noir se décline dans une sobre version trois aiguilles et calendrier ou chronographe.

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Breguet source d’inspiration pour la Henry Graves de Patek Philippe ?

Conformément à l’organisation du travail de l’époque, les horlogers genevois font appel à la main-d’oeuvre peu coûteuse mais néanmoins experte des « horloger-paysans » du Jura vaudois.

Comme le montre la dernière exposition temporaire « Star Watch » de l’Espace Horloger de la Vallée de Joux qui met en avant les montres les plus célèbres de l’histoire et les artisans horlogers qui les ont fabriqué, Patek Philippe fait appel aux compétences d’un établisseur situé au Sentier afin de réaliser cette montre hors du commun. L’atelier en question est celui de Victorin Piguet, dirigé à ce moment là par son fils Jean. Ce dernier fera appel à sept artisans spécialisés de la Vallée pour réaliser le chef d’œuvre du milliardaire Henry Graves. Parmi ces artisans, Paul-Auguste Golay, horloger compteur, réalisera l’une des parties les plus complexes de la montre, à savoir, le quantième perpétuel et le mécanisme de temps sidéral.

Breguet n°92La correspondance technique conservée à l’Espace Horloger de la Vallée de Joux de Jean Victorin Piguet et Paul-Auguste Golay entre 1926 et 1932, se réfère souvent à une montre dite « montre de Praslin ». Cette montre Breguet n°92 était la propriété du Duc de Praslin (1756-1808) avant d’entrer dans la collection privée du collectionneur anglais David Lionel Salomons (1851-1925), tout comme la Montre Breguet n°160 dite la « Marie Antoinette ». Avant sa mort, David Lionel Salomons fit don de la Marie Antoinette au musée d’Art Islamique de Jérusalem et légua la « montre de Praslin » au Musée des Arts et Métiers à Paris en 1923.

Les deux horlogers de la Vallée, vont saisir cette opportunité pour s’aider de cette montre lors de leurs questionnements techniques concernant la future Supercomplication de Patek Philippe.

… « Nous avons donc fait un prix approximatif pour cette montre Praslin et nous ne savons si le client y donnera suite. Dans ce cas nous irons à Paris et le mieux serait que vous y veniez aussi si la chose est possible. Toutefois nous ne tenons pas outre mesure à avoir cette pièce à faire, qui sera un casse-tête, nous préférons faire des pièces plus modernes dont nous en avons beaucoup en travail et nous pensons que vous êtes de même avis. » Jean Victorin Piguet à Paul-Auguste Golay, le 6 décembre 1926.

Jean Victorin Piguet« Pour la question du prix de ces mécanismes, il faut nécessairement que celui qui les fait soit rétribué de ses peines ; toutefois, comme vous le dites, il faut rester dans une limite qui ne décourage pas le client et permette une suite pour plus tard. Nous avons vu il y a une semaine le chef actuel de la maison Breguet … Ainsi le prix de revient de la Marie Antoinette n’est pas de 30 000 frs, mais de 8 à 10 000. » Jean Victorin Piguet à Paul-Auguste Golay, le 12 juillet 1927.

… « Votre nombrage de roues et pignons tient-il compte que pour revenir au même point tous les 4 ans, la roue annuelle doit faire un tour en 365 jours et quart, pour compenser la dent que l’étoile saute en plus le 29 février ? Autrement l’écart, au bout de 4 ans ferait que le 3 mars manquerait l’heure du 29 février et l’erreur augmenterait de plus en plus. »…

« Savez-vous que Breguet payait environ 500 frs pour un de ces quantièmes, ce qui fait près de 1800 frs de monnaie ? Je suis bien loin de prétendre à ce dernier prix, mais j’espère quand même que vous en avez compte dans vos tractations avec vos clients (auxquels vous pouvez le rappeler au besoin) et que vous avez réservé une certaine marge pour l’imprévu auquel nous sommes exposés. »…

« Je n’ai pas attendu votre dernier souhait pour décliner des offres. J’ai fâché tout rouge Paul-Louis, dernièrement, qui voulait un quantième sans aiguilles. Il ne comprend pas que en faisant pour vous, je refuse de faire pour lui. » Paul-Auguste Golay à Jean Victorin Piguet, le 9 juillet 1927.

Considérée comme le chef d’œuvre d’Abraham Louis Breguet après la « Marie Antoinette », la « montre de Praslin » sera étudiée par Jean Victorin Piguet à Paris. Tout au long de sa correspondance, le travail de Breguet apparaît comme une référence et une source d’inspiration majeure. L’horloger Ferdinand Berthoud est également cité ainsi que les horlogers combiers comme Elysée Golay ou Léon Aubert.

La montre Patek Philippe Supercomplication livrée à Henry Graves en 1932 ne ressemble pas exactement à la montre de Breguet n°92. Cependant cette correspondance nous permet d’évaluer le niveau de connaissance des horlogers de cette première partie du XXème siècle. Ainsi nous constatons que la réalisation d’une Grande Complication, reste une prouesse technique majeure, même pour les horlogers de la Vallée de Joux qui ont acquis une solide réputation en la matière. L’observation et le respect pour le travail des anciens, prouve également le niveau de génie et de connaissances techniques que ces horlogers anciens avaient atteint à la fin du XVIIIe siècle et qui constituera l’héritage des horlogers des siècles suivants. Dans cet héritage, le nom de Breguet occupe une place centrale.

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DW5 intergalactique, De Bethune

Les objets horlogers insolites sont de plus en plus nombreux à voir le jour ces dernières années. La montre perd de plus en plus sa fonction première d’indication de l’heure tout en renforçant son image de marqueur social et de bijou masculin.

DW5 intergalactique, De BethuneCes machines à mesurer le temps fixent la nouvelle tendance depuis plusieurs années en matière d’horlogerie. La montre est devenue un bijou d’art mécanique ! Dans la série machine horlogère venue d’ailleurs, le vaisseau spatial du capitaine Solo dans la saga « Star Wars » a du servir de muse à David Zanetta pour la Dream Watch n°5.

En effet la DW5 ressemble d’avantage à une soucoupe volante qu’à une montre. Ses lignes racées à la manière des hors-bords italiens et ses chromes brillants comme les carlingues d’avions de la grande époque Howard Hughes, en font un objet insolite du paysage horloger.

En dehors du fait que sa création est contemporaine, cet objet pourrait parfaitement s’incérer dans la collection Streamline du MoMA à New York. Ce design industriel né aux Etats-Unis dans les années 1930, s’inspire de l’aérodynamisme de la goutte d’eau. Les formes qui le caractérisent, comportent des lignes fluides et des courbes douces et arrondies.

DW5 intergalactique, De BethuneComme point de départ de l’objet, toutes les lignes de cette machine partent de la pointe avant du vaisseau. Celles qui s’écartent le plus de l’axe du centre dessinent les ailes de la carlingue. Elles s’écartent suffisamment pour héberger le disque des heures et des minutes qui circulent sous le titane poli et apparaissent dans le cockpit faisant office de guichet. Point d’équilibre de ce carénage, l’ouverture du cockpit en verre saphir laisse apparaitre les heures et les minutes. La petite lune mi-bleue mi-chrome opère ses rotations dans l’axe des heures et évoque le radar de surveillance spatial du droïde R2-D2. Avec sa vitesse de rotation lente, cette sphère lunaire orchestre le défilement des heures et des minutes juste derrière elle. Astre de référence temporel, cette lune symbolise bel et bien le pilote de ce vaisseau intergalactique. Enfin les lignes du fuselage et des ailes se rejoignent à l’arrière du vaisseau au point de réaction de la machine, la couronne de remontage. Cette dernière ciselée de manière circulaire en dents de scie, se termine par un rubis cabochon d’un carat qui évoque les flammes du propulseur.

Ce style industriel élégant et fluide est également une manière de mettre en miroir l’art mécanique et le progrès technique. Ainsi la Dream Watch 5 fait référence à cet imaginaire mécanique et invite ses admirateurs à venir voir sous son capot de titane poli miroir. DW5 intergalactique, De BethuneUne mécanique innovante et cohérente avec l’univers esthétique !

Si la Dream Watch 5 nourrit avant tout une ambition esthétique, elle emprunte tout de même certains codes à l’horlogerie traditionnelle qui reste le domaine de prédilection des fondateurs de la marque, David Zanetta et l’horloger Denis Flageollet. Située aux frontières de la science fiction et de l’horlogerie, cette sculpture de poignet présente quelques attributs horlogers novateurs et hautement technologiques. La DM5 tient également sa forme de son moteur. En effet la forme triangulaire des ponts utilisés sur tous les mouvements des montres De Bethune est caractéristique de la marque. Ainsi le calibre DB2144 de cette navette spatiale bénéficie de cette signature esthétique. La couronne empierrée à l’arrière du vaisseau permet le remontage manuel du moteur qui bénéficie d’une autonomie de 5 jours de réserve de marche pour ses errances spatio-temps-horaires.

329 composants permettent à cette machinerie de mouvoir le vaisseau dans l’espace temps. La propulsion et l’autonomie sont assurées par un double barillet autorégulateur. La précision de l’engin repose sur les 28'800 alternances par heure du balancier en silicium et or gris à spiral avec courbe terminale plate et une roue d’échappement en silicium. La fiabilité est renforcée par 32 composants en rubis dans les parties les plus sensibles du moteur. Enfin en cas de turbulences, un système à triple pare-chute permet d’absorber les chocs lors d’une attaque ennemie ou au moment de l’entrée dans l’atmosphère de la planète Tatooine. Tous ces éléments techniques sont le fruit de la recherche De Bethune et font l’objet de brevets pour la plupart. L’ensemble de cette machine est évidemment ajusté, réglé et décoré à la main dans les laboratoires jurassiens de la Chaux et de l’Auberson.

Ce moteur permet l’affichage simple et épuré de trois indications. Les heures sautantes s’affichent dans un incère de titane poli bleui et les minutes analogiques s’alignent à 3 heure dans l’axe de la couronne. Les deux données sont affichées en chiffres arabes à l’aide de deux disques tournants qui rappellent les stabilisateurs gyroscopiques de certaines machines spatiales. Une sphère lunaire bicolore en position centrale vient compléter les indications du cockpit. Elle indique les phases de la lune avec une marge d’erreur d’un jour lunaire tous les 1112 ans. Le tout est protégé par un verre saphir bombé et traité à l’antireflet 1800 Vickers.

debethuneCette mécanique et ce design novateur correspondent bien à l’esprit de la marque à particule noble. Bien que d’origine italienne, pour David Zanetta les plus belles montres de l’histoire sont toutes françaises ! C’est peut-être pour cette raison qu’il a décidé de baptiser sa marque du nom d’un des plus brillants ministres du Roi de France et de Navarre. Le compte Maximilien de Béthune, plus connu sous l’appellation de Duc de Sully, a semble-t-il également mis son grand esprit au service de la science horlogère. Dans un monde en pleine guerre de religion, l’horlogerie et l’astronomie sont des sciences majeures pour le développement et la suprématie des armées et de la marine.

Cet attachement à l’art horloger et aux astres se retrouve encore dans l’esprit et la philosophie de De Bethune. Même si la jeune marque voit le jour officiellement en 2002, la tradition horlogère à laquelle elle se rattache ainsi que la passion de David Zanetta et Denis Flageollet, sont bien plus anciennes. Pour autant, les deux hommes refusent de figer leur production dans le passé. Leur slogan l’annonce : « De Bethune, la tradition horlogère du XXIe siècle ». L’époque de la monarchie est révolue ! Les temps changent et l’horlogerie doit s’adapter aux besoins de l’époque. Désormais la montre est une oeuvre d’art au poignet des hommes bien plus qu’un objet scientifique. L’aspect passéiste de la tradition s’efface derrière les adaptations et les innovations de ce début de siècle !

debethuneDenis Flageollet comme tous les horlogers se dit l’héritier des horlogers historiques comme Breguet, Janvier ou Berthoud. Ces horlogers étaient tous des inventeurs. Avec leurs travaux et les moyens dont ils disposaient à l’époque ils ont fait avancer leur discipline et mis en place des inventions que nous exploitons encore de nos jours. Pourquoi ne pas faire de même ? Ainsi en se disant héritier de cet état d’esprit, De Bethune tente d’apporter une réponse aux problèmes que les grands horlogers d’antan n’avaient pas réussi à résoudre par manque de moyens ou de temps. C’est comme si vous mettiez un ordinateur entre les mains de Breguet ! Et les travaux sur la résonique entrepris par Denis Flageollet et ses horlogers le prouvent. Pour De Bethune, la question à toujours avoir à l’esprit est la suivante : Qu’auraient fait les horlogers du passé s’ils avaient les technologies d’aujourd’hui sous la main ?

Tout en restant dans la plus pure tradition mécanique, les horlogers de De Bethune utilisent tous les outils modernes de production et de contrôle pour perfectionner leurs réalisations. Cet art allié à l’univers aéronautique et céleste ainsi qu’à l’imaginaire contemporain du cinéma de science fiction, donne ce mélange détonnant où les garde-temps ressemblent d’avantage à des machines galactiques qu’à des montres comme nos esprits se les représentent traditionnellement.

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